Ma découverte de la Bretagne, de l'Irlande, mes photos, mon chat, mes coups de coeur et mes coups de gueule, les randonnées, la nature
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J'ai donc intégré une maison familiale pour personnes âgées en octobre. Il y a 35 résidents, plus ou moins dépendants, plus ou moins jeunes (de 57 à 98 ans). Chacun d'entre eux vit dans un petit appartement avec un peu de son propre mobilier pour ne pas être trop dépaysé. Il n'y a que les repas qu'ils prennent en commun, et parfois ils font des activités manuelles ou ludiques ensemble. Il nous arrive même parfois de les emmener promener au square à côté quand le temps le permet..
Sincèrement, je ne pensais pas que cela serait si éprouvant. Ces papys et mamies sont souvent un peu perdus, leur esprit est souvent ailleurs, leur mémoire on ne sait pas toujours où. Mais ils sont d'une extrême gentillesse. Parfois ils grognent un peu c'est vrai, mais ce n'est pas toujours bien grave puisque de toutes façons, l'intant d'après ils ont oublié. Il suffit de faire face avec une grande délicatesse, ne pas les brusquer, leur apporter l'amour que leurs proches ne peuvent plus (ou ne veulent plus hélas parfois) leur donner....
J'ai la charge en ce qui me concerne de six personnes dont trois phsysiquement dépendantes. C'est toujours une épreuve presque sportive de les aider à s'aliter ou se lever, les accompagner à table, ou pour d'autres petites choses que nous, valides, nous faisons tout seuls. L'humilité prend le pas sur tout, et pas de gronderie quand bêtise est faite.
J'avais envie de parler de Jeannette.. gentille Jeannette qui a rencontré Alzheimer et qui, même si elle se souvient de mon prénom parfaitement, ne sait pas toujours pourquoi je suis là, où elle se trouve et pourquoi elle se trouve là aussi. Il lui faut faire de gros effort pour parler de son passé, et parfois même elle ne reconnaît pas ses enfants. Mais son grand regard bleu est toujours plein de tendresse quand j'arrive à la maison familiale et à ce moment là, c'est tout le bonheur du monde pour moi.
Il y a aussi Yvonne qui a 98 ans s'éteint doucement. Depuis mercredi dernier, elle n'a pas quitté la chambre et je passe la moitié de mon temps de travail à ses côtés, à lui tenir la main, essayer de la faire boire un peu d'eau ou manger un peu de potage... Parfois elle me fixe de son regard profond et je l'entend de sa petite voix me dire "j'ai peur" parce qu'elle sait que bientôt... bientôt, elle retrouvera son mari là haut. Depuis mercredi, elle s’accroche désespérément…. Le médecin est venu aujourd’hui, comme chaque jour, et ne donne pas de « pronostics »…. Il faut laisser la nature faire, et l’important est qu’elle ne souffre pas. Je sais que c’est un moment difficile pour moi, et je fais de mon mieux pour que « tout se passe bien »…..
Voilà et je terminerai cet article par un petit sourire, Mado et Fernand… le seul couple de la maison. Mado ne marche plus et son mari, même si il est très fatigué essaie de « se débrouiller tout seul et de s’occuper de sa petite femme autant qu’il le peut… Parfois il gronde sa Mado dans un breton résonnant… mais rien de bien méchant dans tout ça.. Il faut les voir pour se rendre compte que l’amour n’a pas d’âge…
Voilà un petit bout de ce que je fais de ce que je vis tous les jours depuis trois semaines presque….. Quand je rentre le soir, même après seulement six heures de travail, je suis vidée, car pendant tout ce temps, je me suis oubliée, et je n’ai pensé qu’à eux…. Je dois vous avouer que j’ai découvert la vieillesse sous des angles différents et je me dis parfois, mais j’ai le temps, je n’y couperai pas non plus. J’espère qu’à ce moment là, quelqu’un sera là pour moi aussi….
(octobre 2008)
J'avais pris plein de photos des anciens à l'époque, je ne peux, vous le comprendez aisément les publier ici. je prend plaisir régulièrement à les revisionner et me souvenir de tous ces moments passés avec eux.....