Ma découverte de la Bretagne, de l'Irlande, mes photos, mon chat, mes coups de coeur et mes coups de gueule, les randonnées, la nature
Les Journées du Patrimoine sont l’occasion pour beaucoup d’entre nous de découvrir la ville où ils habitent, son histoire, ses monuments. Celui qui visite Brest sera surpris par le peu de bâtiments très anciens, et pour cause. La dernière guerre l’a détruite à quasi 90 %. Mais de là à imaginer que Brest n’a pas vraiment d’histoire c’est un peu léger.
Nous avons profité de ce week-end pour visiter deux sites qui me tenaient particulièrement à cœur, même si pour l’un d’entre eux je connaissais déjà.
La Tour Tanguy tout d’abord, pour se mettre dans le contexte de l’ancienneté de Brest. Construite au début du XIVème siècle, elle abrite aujourd’hui des trésors sur l’histoire de la ville. Sur trois étages, on peut prendre le temps de découvrir d’anciens plans de la ville, du bagne, dont j’ai déjà parlé, une collection d’armoiries, des vieilles lettres de notables, de bagnards, des objets tout aussi hétéroclites les uns comme les autres. Les maquettes de Jim Sevellec vous transportent dans le Brest d’autrefois : le marché de la Tour, la visite de Napoléon III, le marché Pouliquen, la rue de Siam, les batailles contre les anglais,
et on y notera un certain penchant pour le quartier de Recouvrance – que j’adore – avec notamment des chansons de marins…
http://bmarcore.club.fr/marins/C-Jean-12.mp3
Tout y est pour vous faire voyager dans le temps, et se rendre compte pourquoi les brestois « même » sont si fiers de leur ville.
Mais voilà, la grande guerre a été cruelle avec la cité du Ponant et elle ne lui a laissé guère de souvenirs sur pied, beaucoup sont restés dans les cœurs.
Nous avons poursuivi notre découverte de la ville en visant l’Abri Carnot, tristement célèbre par son issue. Si le site n’était pas particulièrement attrayant, nous y avons rencontré quelques personnes qui y avait vécu des moments aussi effrayants qu’inoubliables, et rien de tel que la mémoire vivante pour nous rappeler que l’être humain est tellement fragile… Je ne rentrerais pas dans les détails tristes et malheureusement sordides que nous ont relatés ces témoins du passé, la larme à l’œil, les mains tremblantes. Je serais brève, juste en respect à leur mémoire. L’abri Carnot a été construit en 1941, alors que la ville croule déjà sous les assauts ennemis. Il mesure 560 m de long, entre la porte de Tourville (près de l’arsenal) et la place Sadi Carnot, en centre ville ; Si en 1944 la population a été évacuée en grande partie, il reste tout de même 2000 personnes dans Brest. Impossible de circuler dans la ville sans y risquer de perdre la vie tant les bombes tant ennemies qu’alliées pleuvent jour et nuit. Pas de trêve, pas de répit. Il faut se mettre à l’abri.

En septembre 1944, plus précisément dans la nuit du 8 au 9, environ 1000 personnes, autant de français que de soldats allemands sont réfugiés dans l’abri. On ne connaît pas vraiment, on suppose ce qui s’est passé. Toujours est-il que l’abri, qui renfermait des munitions prend feu. Impossible pour les malheureux d’en sortir, de gravir les 154 marches qui les mèneront à l’air libre. L’abri explose laissant sur son passage tristesse et désolation.
Au cours des différents témoignages que j’ai entendus, j’ai imaginé ce que pouvaient ressentir tous ces gens serrés chaque jour les uns contre les autres, écoutant les bombes pleuvoir sur leur ville. J’ai imaginé les enfants qui sans doute, ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre.
J’ai imaginé ces mères qui ne devaient pas savoir comment consoler leurs petits. J’ai imaginé la promiscuité, la difficulté de pouvoir assurer le quotidien alimentaire. Comment, ceux qui ont survécu, ont-ils traversé les âges avec ce poids dans leur âme….
Et j’ai aussi pensé à ceux qui aujourd’hui vivent la même chose, dans d’autres pays où la guerre fait rage….
Serge Aubrée a présenté et commenté avec émotion une de ses toiles représentant sa vision d’enfant de l’abri Carnot
Le passé est là pour nous enseigner, pour nous guider, ne pourrions-nous pas un jour en tirer quelques leçons.